Réfugiée sur un toit, elle menace la police avec un sabre . C'est une femme de 56 ans qui est à l'origine de ce « fait divers », relaté en quelques lignes dans notre édition du 19 avril. L'intéressée, dont nous n'avions pas donné le nom, bien sûr, a tenu à donner sa version des faits, à visage découvert.

Aurore Gross revient de loin. « Je ne suis plus en activité depuis 2004. J'ai souffert d'une dépression nerveuse mais depuis septembre 2007, c'est fini », assure cette ancienne professeur certifiée, qui enseignait l'anglais au lycée Bellevue.

Alors, comment, en ce printemps, Aurore Gross en est-elle arrivée à subir deux hospitalisations psychiatriques ? « Le 24 mars, j'ai eu un chalazion (1). ça s'est vite infecté. Le 25, j'ai été admise aux urgences de l'hôpital d'Albi. Pour moi, il y a eu un malentendu et j'ai été transférée aux urgences spécialisées du Bon-Sauveur, dans la nuit. On m'a dit que j'étais maniaco-dépressive. »

« Libérée » le 26, Aurore Gross est allée le 29 faire constater par son médecin généraliste le traitement qu'elle dit avoir subi au BS.

« Cinq personnes me sont tombées dessus. Moi, j'appelle ça un tabassage en règle. » Elle laissera une main courante au commissariat d'Albi, croyant bien en avoir fini avec l'hôpital psychiatrique. Elle se trompait.

JE ME SENTAIS TRAQUÉE

Cette fois, c'est une banale histoire de papiers et de cartons déversés dans le jardin d'une voisine qui a dégénéré. « La première fois, je le reconnais, c'était moi, mais pas les deux autres. »

Pourtant, après la « seconde vidange de poubelles » (cette fois, des bouteilles d'eau et de yaourt), les soupçons se sont portés sur Aurore. « La police est venue chez mes parents, à Albi. Je m'étais déjà réfugiée sur le toit. »

Réflexe d'une femme qui explique : « Je me sentais traquée ». Du reste, les jours qui ont suivi, elle a préféré quitter son pavillon des « Crozes », un quartier résidentiel de Saint-Juéry, pour s'installer dans un hôtel à Réalmont.

« J'aspirais à la paix. » Une paix, hélas! troublée le 16 avril.

« Après une journée passée à Pau, on m'a téléphoné pour me dire que la police me recherchait. Soi-disant, j'aurais réfusé d'obtempérer à un contrôle. Alors, j'ai décidé de rentrer à Albi pour m'expliquer. J'étais chez mes parents quand on a sonné : c'était la police en civil, armée de bombe lacrymogène. J'ai été gazée. Dans le garage, il y avait un sabre de décoration. Je l'ai pris. Je me suis réfugiée sur la toiture, en passant par le pigeonnier. »

Le drame sera évité mais Aurore Gross fera l'objet d'une hospitalisation d'office, au Bon-Sauveur. « Cette fois, les choses se sont déroulées normalement. J'ai été bien traitée. Ils ont mis trois jours à se rendre compte que je n'étais pas folle et trois jours de plus à faire les paperasses. »

La mesure de placement levée, la quinquagénaire a pu regagner son pavillon de Saint-Juéry avec un goût amer dans la bouche. « Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'enquête pour savoir ce que les voisins pensaient de moi ?»

Cette femme blessée aspire désormais à reprendre une vie normale. « Je veux réussir ma reconversion dans l'Éducation nationale. J'ai tiré un trait sur l'anglais. Je serai plus utile dans ce poste adapté de sécrétariat. D'ici le 1er octobre, j'attends de savoir où le Rectorat va me nommer. »

(1) Petite tumeur inflammatoire des paupières, d'origine infectieuse.        source : ladepeche.fr