C'est à quelques mètres seulement de la laiterie qui a abrité toute la vie de travail de Marcel et la moitié de celle de son épouse Raymonde, que le couple a construit un joli pavillon qui abrite désormais leur paisible retraite. Raymonde, 80 ans, et Marcel Fargues, 82 ans, ont partagé quasiment de bout en bout l'histoire de cette laiterie de Saint-Juéry, installée au début des années 50 au 12 de l'avenue Jean-Jaurès, puis, à partir des années 60 aux Avalats.

Le fondateur de la laiterie, M. Cadars, était de Montredon-Labessonié. Il connaissait la famille de Marcel, originaire d'Arifat, et cette fratrie de sept, au sein de laquelle Marcel, comme les autres, essayait de s'en sortir. Nous étions en 1954 et Marcel avait 19 ans. M. Cadars a proposé un remplacement dans ses tournées au jeune Marcel. Il servait les petites épiceries d'Albi, nombreuses à cette époque. Il y laissait des bidons de 20 litres d'où les épiciers remplissaient à la louche, avec un entonnoir, les bouteilles de verre qu'amenaient les clients. L'emballage en bouteilles d'un litre en plastique ne vint que plus tard. Le remplacement se prolongeait, et Marcel osa demander à M. Cadars, le sort qu'il lui réservait pour la suite : «Si tu veux rester, je te garde. Mais alors, il te faudra passer ton permis de conduire !», s'est-il vu répliquer. Il était payé petitement, comme à l'époque, nourri et logé comme d'autres employés. Et l'employée de maison qui servait la tablée familiale augmentée de quelques convives salariés, se prénommait Raymonde. Vous avez deviné la suite : elle est devenue son épouse.

Affecté un temps à la fabrication du fromage et du beurre, Marcel a rapidement effectué une des quatre tournées, celle de Montredon, où il connaissait tout le monde, pour une collecte de 5 à 40 litres par ferme, et 1 500 litres quotidiens, et ceci pendant une dizaine d'années. Au tournant des années 60, la laiterie s'est développée et installée dans des locaux tous neufs, route des Avalats. Il y a eu jusqu'à près de 30 salariés. Lait en bouteilles plastique ou en berlingots, yaourts, petits suisses, beurre de la marque «La vallée du Tarn», sortaient des locaux par milliers. Et Marcel, avec un collègue, acheminait le lait pasteurisé jusqu'à Marseille, Toulon, Lyon, la Belgique ou même Grenade en Espagne : départ le mercredi, retour de dimanche avec une cuve de 20 000 litres. Aux quatre tournées tarnaises s'étaient ajoutés deux ramasseurs indépendants. Mais la structure arrivait à ses limites. M. Cadars a cédé l'affaire au groupe Besnier, pour lequel Marcel acheminait ses camions de lait jusqu'à sa retraite, vers Rodez ou, le plus souvent, Montauban, de la fermeture ici en 1983 jusqu'en 1995.      source : ladepeche.fr