Séverine Hannier est une charmante jeune femme de 40 ans. Sans afficher la moindre arrogance, elle regarde les Saint-Juériens de haut. On peut même l'affirmer avec précision : elle les regarde depuis 25 mètres de haut ! C'est elle qui manœuvre la grue qui tournoie au-dessus du chantier de la gare, dont le gros œuvre est réalisé par Eiffage. «Les femmes ne sont pas du tout dirigées vers les métiers du bâtiment. Je suis passée par des études médico-sociales», nous dit Séverine, au petit matin, avant de rejoindre son nid d'aigle.

«Je fais du step pour monter toutes les marches»

«C'est un métier très féminin», dit-elle avec humour, «Je fais du step pour monter toutes les marches, même si, à partir de l'an prochain, un ascenseur sera obligatoire sur toutes les grues de 40 mètres et plus».

Reprenons : Séverine a 24 ans et la charge de ses deux petits frères. L'un d'eux veut aller vers les métiers du bâtiment, et elle l'accompagne à la mission locale où on lui parle du métier de grutier. Elle sait que ce n'est pas pour lui, car il a le vertige. Mais elle a tout de suite le déclic : ce sera pour elle ! Elle a passé son CACES sur 2 mois à l'AFPA de Toulouse. Mais les clichés sont tenaces : on lui dit que l'on n'aime pas trop les débutants, et une société d'intérim lui sert même «Déjà qu'on ne prend pas les débutants, alors les débutantes !». Pour effectuer sa formation, on lui dit qu'il faut être homme et avoir 30 ans, alors que, homme ou femme, on peut y accéder dès l'âge de 18 ans. Mais, face à sa réussite et sa persévérance, les barrières se sont aplanies. Mieux : elle est devenue jury pour la délivrance des titres professionnels, et est même formatrice depuis 2012 ! Elle est même sauveteur secouriste du travail et testeur pour la validation des CACES. Les grues font rêver, il y en a jusqu'à 80 m de haut, elle en a conduit avec caméra, lorsque la grue est d'un côté d'un immeuble, et la flèche de l'autre côté. Pour le viaduc de Millau, une grue spécifique de 265 m a été construite, et à Dubaï, certaines font plus de 500 m. Mais on est là dans l'exceptionnel. Sur ce chantier, la grue est lestée de 72 tonnes et peut porter 2 tonnes 8 en bout de flèche. Séverine la manœuvre avec 2 joysticks (manettes) et beaucoup de doigté.      source : ladepeche.fr