Elles faisaient cercle avec leurs enfants, leur mère, leur ami, pendant la minute de silence hier, devant la mairie de Saint-Juéry. Leurs larmes, leur émotion, étaient palpables. C'est que Marie-Claire, Hélène et Latifa, avec une autre de leurs amies, ont vécu l'indicible, le 14 juillet à Nice. Parties joyeuses 48 heures plus tôt, elles avaient décidé de «s'offrir une folie», selon leurs propres mots, en allant assister au concert de Rihanna. Elles ont déambulé sur la promenade des Anglais en riant, en filmant le feu d'artifice. Là, le papa de Marie-Claire, qui vit à Nice, et qui les avait rejointes en compagnie d'un ami restaurateur, leur propose d'aller boire une coupe de champagne quelques marches plus bas, au Blue Beach, le long de la plage. Cet établissement de plage est situé en contrebas, à moins de 20 mètres de la mer, entre le palais Masséna et le Négresco. Attablée avec ses amis, Hélène faisait face à la mer : «J'étais dos à la promenade, j'ai entendu un bruit infernal au-dessus de nos têtes sur le toit de tôle, c'étaient des gens qui sautaient depuis la promenade».

«Les familles hurlaient»

Marie-Claire, en face, regardait vers l'avenue : «On a commencé à entendre des bruits, j'ai vu des corps voler, des visages effrayés, je suis partie en courant vers la plage qui était tout près. Puis, ça a tiré». Hélène et Latifa poursuivent : «On se demandait ce qui se passait. Quand on est arrivées au bord de l'eau on a entendu les coups de feu. On ne savait pas qui tirait ni d'où ça venait. On croyait qu'on était du gibier qu'on canardait». Latifa poursuit : «On a couru en remontant les allées. Les familles hurlaient leurs morts. Une mamie, avec deux de ses petits enfants rescapés, Sophie, âgée de quelques mois, et Geneviève, âgée de deux ans, criait face à sa fille et à son petit-fils qui gisaient, écrasés, sous ses yeux». On est entrées dans un bar où les gens se pressaient. Marie-Claire : «J'ai voulu appeler mon mari pour lui dire adieu, j'avais la certitude que j'allais mourir. On a aujourd'hui du mal à regarder la vie. Le patron du bar qui avait vu l'horreur a demandé qu'on donne à boire et à manger à tout le monde et il nous suppliait de ne pas aller sur la promenade».

«Un message à la télé disait de rester cloîtrés. Le videur, qui retenait le public, n'en pouvait plus et craquait : il avait vu l'insoutenable. On a pris des taxis qui évacuaient les gens. On a vu des dizaines de corps recouverts de couvertures. On a vu des hélicoptères. Dans la panique on entendait les choses les plus affolantes, comme : il y a des tireurs qui canardent sur la plage».

Les trois jeunes femmes suivent des séances avec un psy, pour évacuer les insupportables images, autant que faire se peut. Avec leur famille, dignes, elles veulent retourner à Nice remercier ce patron de bar exemplaire dans l'horreur et le désarroi.    source : ladepeche.fr

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